
Les Blancs jouent et gagnent
En attendant le coup de Tartakover (qui avait les Blancs) Khon devait s’impatienter: Un gain noir assez facile nous saute en effet aux yeux :
1. … Dg3 2. fxg3 fxg3+ 3. Rg1 Td1 mat!
Oui mais voilà, le trait est à Tartakover… Qui n’est pas Khon…
La solution est sous l’image !
Il fallait trouvé un coup à double tranchant : offensif pour gagner et défensif pour ne pas perdre !
Et seul 1. Df8 remplit cette double fonction !
La menace de mat des Noirs est parée :
1. Dg3+ ? 2. fxg3 fxg3+ 3. Rg1 Td1+ 4. Df1 Txf1+ 5. Rxf1
et Tartakover reste avec une tour de plus.
Et la menace de mat des Blancs est imparable, même si les noirs peuvent essayer le joli 1. … Tg3 :
2. Txg7+ Dxg7 3. Df5+ et les Noirs abandonnèrent
(3. … Tg6 4. Txg7+ Rxg7 5. De5+ et 6 Dxd4 était sans espoir.)

Un mot sur le perdant, que j’appelais ici « Khon » : il s’agit de Stanisław Kohn (1895-1940), l’un des meilleurs joueurs polonais de l’entre-deux-guerres. Il avait représenté la Pologne à la première olympiade, non officielle, de Paris en 1924, remporté le championnat de Varsovie en 1925 — et cette année 1927, il en partageait la première place avec Leon Kremer. Il faisait donc jeu égal avec les meilleurs de son pays au moment où il rencontre Tartakower. Kohn, juif polonais, a été exécuté par les nazis en 1940. (lire les coups)
Tartakower, lui, tenait le rôle inverse dix-sept ans plus tôt : dans la miniature du jeudi (3), c’est Réti qui le mate en quelques coups, à Vienne en 1910.