Quand le dernier arbre aura été abattu…

« Quand le dernier arbre aura été abattu… », Alanis Obomsawin : la citation et le T-shirt qui la porte
T-shirt blanc : un capteur de rêves, un cheval et un aigle, avec « Quand le dernier arbre aura été abattu… », signé Alanis Obomsawin

Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors on saura que l’argent ne se mange pas.

Alanis Obomsawin (1972)

Mise au point, dix-huit ans après : cette phrase n’est pas de Geronimo. Je l’avais écrit ici, en 2008, et imprimé sur un T-shirt — sans vérifier. Geronimo meurt en 1909 ; la formule, elle, n’apparaît nulle part avant 1972. Le Quote Investigator, qui a remonté la piste, la trouve pour la première fois dans un recueil d’entretiens, Who is the Chairman of This Meeting?, où Alanis Obomsawin — cinéaste abénaquise de la réserve d’Odanak, au Québec — déclare à son interlocuteur : « Quand le dernier arbre sera coupé, le dernier poisson pêché, la dernière rivière polluée […] vous comprendrez, trop tard, que l’argent ne se mange pas. »

La phrase reste donc amérindienne, mais elle est contemporaine, et elle a une autrice vivante : Alanis Obomsawin a consacré sa vie au documentaire, une cinquantaine de films depuis 1971, presque tous sur les Premières Nations. Lui laisser Geronimo, c’est vieillir la phrase de soixante ans et retirer son nom à celle qui l’a formulée.

Le visuel est donc refait : le T-shirt porte désormais la bonne signature, sous un capteur de rêves où passent le cheval et l’aigle.

Reste Geronimo, qui n’a pas besoin de cette citation. Né en juin 1829 en Arizona chez les Apaches, il s’appelait d’abord Go Khla Yeh, « celui qui bâille ». Le 30 septembre 1859, jour de la Saint-Jérôme, alors qu’il venge le massacre de sa famille, il entend les soldats mexicains invoquer leur saint — Jerónimo ! — et il gardera ce nom de guerre toute sa vie. Une autre phrase circule sous son nom, « Je suis né dans les prairies… », qui appartient en réalité à Ten Bears, chef comanche, en 1867. Les grandes voix amérindiennes servent de signature commode à des phrases qui ne leur appartiennent pas — et plus la voix est célèbre, moins on vérifie.

Le premier visuel, celui qui signait Geronimo, reste disponible en boutique pour qui préfère la version d’origine :

Le premier visuel : « Quand le dernier arbre aura été abattu… » signé Geronimo
Le visuel d’origine, signé Geronimo.

Un clic sur l’image vous conduit sur la boutique , vous pouvez lire d’autres citations ici.

6 commentaires

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  1. il faut être lucide… et réaliste, il n’y a rien de plus vrai que cette remarque.

    Je doute que l’homme soit capable aujourd’hui de comprendre cela, ne vivant que pour la consommation et l’argent… j’aimerai bien savoir si cet argent les sauveront le jour ou la terre arrêtera de tourner…

    l’humain est idiot

  2. @LN & Wouf : effectivement c’est bien une photo du lakota Sitting Bull et non de l’apache Geronimo qui illustre ici cette citation attribuée par ailleurs à ce dernier. Ceci dit même si elle avait été émise par Red Cloud, Cochise ou Danse avec les taupes, cette citation n’en reste pas moins exemplaire et malheureusement prémonitoire. Nous courrons à la perte des générations futures en leur laissant un monde souillé par le capitalisme et l’amour du profit à tout prix. Je fais partie de cette société de merde, travaillant bien consciencieusement, mettant à la banque sur un compte épargne tous les mois l’argent qui va servir à des banques à se faire plus d’argent que moi sur le dos de petits asiatiques ou indiens. Me faisant régulièrement engueuler au sortir de la gare par des clodos croyant être hors système mais qui au lieu de passer leur temps à militer préfèrent taper les gens de quelques euros gagnés de toute façon via ledit système. Que vais-je faire pour changer cela ? Si je gagne à l’Euromillion aurais-je le courage d’utiliser l’argent pour renflouer la dette d’un pays du tiers-monde plutôt que pour permettre à mon fils de se la couler douce tout au long de sa vie ? @Tous ceux qui ont lu ceci : oui l’humain est idiot… et que faisons nous contre cela ?