

Deviens ce que tu es.
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (§ 270)
Trois mots qui ont l’air de se contredire : si tu l’es déjà, pourquoi le devenir ? C’est précisément la question. La formule ne dit pas « trouve-toi », comme le voudrait le développement personnel qui s’en est emparé, elle dit l’inverse : ce que vous êtes n’est pas un trésor enfoui qu’il suffirait d’exhumer, c’est un travail. Nietzsche pose d’ailleurs la phrase comme une réponse, dans Le Gai Savoir : « Que dit ta conscience ? — Tu dois devenir celui que tu es. » Un impératif, pas une invitation à la sieste intérieure.
Il y tenait : la formule revient dans plusieurs de ses livres, et sert de sous-titre à son autobiographie, Ecce Homo — « Comment on devient ce que l’on est ». Il ne l’avait pourtant pas inventée : elle vient de Pindare, poète grec du Ve siècle avant notre ère, dans la deuxième Pythique. Nietzsche, philologue de formation, savait exactement à qui il l’empruntait — et c’est une jolie ironie pour une phrase sur l’authenticité.
Le motard du visuel tombe juste : personne ne devient motard en y pensant. On le devient en roulant, ce qui est la seule lecture honnête de la phrase. Le T-shirt existe en deux gris, chiné ou clair.
