Capablanca raconte : le fianchetto, bouclier et bélier

Un fou en g7 qui défend et attaque en même temps, une pièce adverse qu'on refuse de prendre, et toute une attaque menée pendant que la tour dame dort en a8.
Le manuel que José Raúl Capablanca publie en 1921, l’année même où il devient champion du monde, et qu’on réédite encore un siècle plus tard. Il l’écrit pour des débutants et commence par la fin : les mats élémentaires, puis les finales, parce que c’est sur un échiquier presque vide qu’on voit enfin ce que fait chaque pièce.
Le feuilleton « Capablanca raconte » le relit chapitre par chapitre, position par position.
Personne n’a besoin d’attendre la prochaine méthode : celle-ci est là depuis 1921. Pour trouver une idée nouvelle, lisez un vieux livre.

Un fou en g7 qui défend et attaque en même temps, une pièce adverse qu'on refuse de prendre, et toute une attaque menée pendant que la tour dame dort en a8.

Un plan de pions annoncé au dixième coup, puis une marche du roi de c1 à g3 alors que les dames sont encore là : deux victoires sans une seule combinaison.

« Pratiquement depuis l'ouverture, les Blancs n'ont visé rien d'autre que l'isolement du pion dame noir. » Une victoire menée d'un bout à l'autre sur une seule idée.

Après six défaites, les deux premières victoires du recueil. Dont une où il perd la qualité, annonce son plan en quatre points au 24e coup, et l'exécute.

Un pion de plus, une position qu'il dit stratégiquement gagnée — et une dame perdue parce qu'un clouage ne résiste pas à un échec.

Sa défaite la plus célèbre, annotée par lui : « quand un plan est fait, il faut l'exécuter ». Et non, dit-il, 12.f5 ne gagnait pas la partie.

Un coup joué par peur d'une finale, un autre écarté parce qu'il semblait trop lent : deux défaites où Capablanca met en cause son jugement, pas son calcul.

Deux défaites pour ouvrir l'anthologie de ses propres parties : Capablanca annote Marshall 1909 et Rubinstein 1911 sans rien s'épargner.

Deux cases noires cédées aux douzième et treizième coups, et la partie est jouée : Capablanca referme la première partie du livre sur l'anatomie d'un « trou ».

Un pion en c7 qui n'atteindra jamais c5, et toute une espagnole qui s'effondre : Capablanca ouvre son dernier chapitre par une leçon de structure.

Marshall contre Lasker, 1907 : un coup de tour d'apparence anodine force l'adversaire à priver son propre cavalier de sa meilleure case.

Défendre en attendant, c'est déjà perdre : deux finales à quatre tours où Capablanca immobilise les tours adverses et garde les siennes libres.