

Vieillir, c’est déjeuner.
Wouf
Tout tient dans une coupure de mot. Lisez déjeuner comme dé-jeuner : le préfixe dé- est celui de la privation — défaire, déplaire, déshabiller — et ce qu’il enlève ici, c’est jeune. Déjeuner, ce serait donc se dé-jeunir : perdre sa jeunesse, autrement dit vieillir. Le contraire de jeune n’a pas de verbe en français ; la phrase lui en trouve un, et le trouve là où personne ne le cherchait, à l’heure du repas.
Le vrai mot, bien sûr, dit autre chose : déjeuner vient de « rompre le jeûne », avec son accent circonflexe, celui qu’on rompt au matin. Mais l’oreille française n’entend pas les accents. La langue avait préparé le calembour depuis des siècles, il suffisait de le ramasser.
Ce qui est dit là est pourtant exact, et assez cruel : vieillir n’est pas un événement, c’est une opération quotidienne, qui se répète à heure fixe, midi après midi. On ne vieillit pas d’un coup, on déjeune. Et l’on continue, parce que sauter le repas ne règle rien.
Le procédé est celui de Pierre Dac, dont la boutique compte plusieurs phrases : prendre un mot au pied de la lettre et laisser la logique dérailler toute seule. Le T-shirt se porte à table, de préférence en bonne compagnie et sans regarder l’heure.