

Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.
Marcel Proust
La phrase est bien de Proust, au mot près, mais on la lit presque toujours à l’envers. Elle vient d’Albertine disparue (1925), au lendemain de la fuite d’Albertine. Le narrateur envoie son ami Saint-Loup la chercher et lui montre sa photographie ; Saint-Loup n’y voit qu’une jeune fille quelconque. Le narrateur n’en souffre pas trop : lui-même n’avait vu, dans la maîtresse adorée de Saint-Loup, qu’une femme ordinaire.
D’où la maxime : la beauté de l’être aimé n’existe que dans le regard de celui qui aime. Les jolies femmes, tout le monde les voit ; il faut de l’imagination pour aimer les autres, et c’est l’amour qui fait le portrait. Proust enchaîne d’ailleurs sur le portrait d’Odette peint par Elstir, « génial et pas ressemblant », qui est « moins le portrait d’une amante que du déformant amour ».
Loin de la goujaterie qu’on lui prête, la phrase est un éloge de l’imagination. Le T-shirt la porte dans ce sens-là.
Pour lire la phrase dans son chapitre : Albertine disparue, de Marcel Proust, en Folio classique, dans l’édition d’Anne Chevalier. Elle est au premier chapitre, « Le chagrin et l’oubli », quelques pages après la fuite d’Albertine.

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