

On se lasse de tout, excepté d’apprendre.
anonyme, longtemps prêtée à Virgile
Le verbe compte autant que le reste : se lasser, ce n’est pas se fatiguer, c’est cesser d’avoir envie. Tout finit par lasser parce que tout finit par être connu — sauf apprendre, qui a la particularité de reculer à mesure qu’on avance. On n’en voit jamais le bout, et c’est précisément ce qui sauve.
Petite mise au point : elle n’est pas de Virgile. J’avais signé son nom sur la première version du T-shirt, comme le font tous les sites de citations — qui ne s’accordent d’ailleurs pas entre eux, la donnant tantôt aux Bucoliques, tantôt à l’Énéide, tantôt à un recueil de « sentences et adages », et sans jamais citer le moindre vers. J’ai fini par aller voir dans le texte : dans l’œuvre latine complète — dix Bucoliques, quatre Géorgiques, douze livres de l’Énéide —, le mot satietas, la satiété, n’apparaît pas une seule fois, et aucun vers ne correspond à cette maxime.
D’où vient-elle, alors ? Je n’ai pas pu le dire : la formule est française, elle circule au moins depuis le XXe siècle, et je n’ai trouvé aucune première occurrence datée. Virgile, lui, a bien écrit une devise du savoir, et celle-là est à sa place, au vers 490 du deuxième livre des Géorgiques : felix qui potuit rerum cognoscere causas — heureux qui a pu connaître les causes des choses.
Le visuel est donc refait, et il ne signe plus personne : la phrase se suffit. Le T-shirt de celui qui n’a pas fini — et qui, désormais, sait aussi ce qu’il ne faut pas attribuer à Virgile. De quoi entamer une conversation culturelle.