
Rien n’est plus semblable à l’identique que ce qui est pareil à la même chose.
Pierre Dac, Les Pensées (1972)
Comptons : semblable, identique, pareil, la même. Quatre façons de dire la même chose dans une phrase de quinze mots, et à l’arrivée aucune information. La maxime a pourtant tout d’une vraie : le rythme, l’équilibre, le ton définitif de celui qui vient de comprendre quelque chose. C’est exactement le procédé de Pierre Dac — prendre la forme du proverbe, la remplir de vide, et la servir avec le plus grand sérieux.
La phrase circule aussi dans une version plus longue : « … et réciproquement ». C’est le coup de génie de la chute, puisqu’une phrase symétrique n’a évidemment pas besoin qu’on la retourne. Dac en rajoute là où il n’y a déjà rien, et la tautologie devient une petite mécanique qui tourne toute seule.
Sous la blague, il y a une leçon de logique. Une tautologie est toujours vraie, et c’est bien son problème : elle ne se trompe jamais parce qu’elle ne dit rien. Les mathématiciens appellent cela une lapalissade, du nom de ce brave La Palice qui, un quart d’heure avant sa mort, était encore en vie. On peut y voir le degré zéro du raisonnement — ou, comme Dac, la preuve qu’une phrase peut être parfaite et creuse à la fois.
Le T-shirt, lui, ne dit rien non plus, mais il le dit bien. C’est encore le meilleur moyen d’entamer une conversation culturelle avec quelqu’un qui lit votre torse en fronçant les sourcils.