

Le joueur d’échecs, comme le peintre ou le photographe, est brillant… ou mat.
attribuée à Vladimir Nabokov
Le mot d’esprit tient à un tirage photo. On demandait autrefois ses épreuves en brillant ou en mat — deux finitions de papier —, et la peinture connaît la même alternative. Le joueur d’échecs, lui, n’a que deux sorties possibles : la partie brillante, celle qu’on publie, ou le mat. Le calembour referme les deux vocabulaires l’un sur l’autre, et la chute tombe sur le seul mot qui appartienne aux deux.
Petite mise au point, qui découle du calembour lui-même : la phrase ne peut pas être de Nabokov, du moins pas sous cette forme. Elle ne fonctionne qu’en français, où mat désigne à la fois la finition d’une image et la fin d’une partie ; en russe ou en anglais — les deux langues dans lesquelles il écrivait — le jeu de mots n’existe pas. Les sites de citations la lui prêtent tous, certains en invoquant Pnine, sans jamais donner de page. Une variante circule par ailleurs sous la signature de Philippe Geluck : « Un joueur d’échecs, c’est comme de la peinture : s’il n’est pas brillant, il est mat. » C’est exactement sa fabrique de calembours.
Nabokov aurait pourtant mérité la phrase : joueur et surtout compositeur de problèmes d’échecs, il a consacré un roman entier au jeu, La Défense Loujine, et comparait volontiers la composition d’un problème à l’écriture. Mais la beauté d’un calembour appartient à la langue qui le rend possible, pas à l’auteur qu’on lui choisit. Le T-shirt se porte en tournoi, et fournit une conversation entière au troisième tour.