Kristinsson–Tal, Reykjavik 1964 : le sacrifice de dame

Les noirs jouent et gagnent

Pourquoi Tal a-t-il sacrifier sa Dame ?

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Solution :

  1. … Tg2+

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Si 2. Fxg2 il y a mat en 3 (2. … Txg2+ 3.Rh1 Te2+! 4. Tf3 Fxf3#) (la notation algébrique, si besoin)

Et si 2. Rh1 ?

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2… Tg1+

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La prise 3. Txg1 permet à Tal de finir avec une pièce de plus, et 3. Rh2 se fait mater après 3… T1g2+ 4. Fxg2 Txg2+ 5.Rh1 Te2+ 6. Tf3 Fxf3#

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Tal contre qui ?

Contre Jón Kristinsson, joueur islandais, au tournoi international de Reykjavik, cinquième ronde, le 19 janvier 1964. Tal a les Noirs et gagne.

La position du diagramme est celle qui suit le 34e coup noir, Tg2+. Mais la réponse à la question posée en tête d’article — pourquoi ce sacrifice de dame ? — se trouve dix-huit coups plus tôt.

Le sacrifice est au 16e coup, pas dans la combinaison finale

Au 15e coup, Kristinsson joue 15.Ca7 : le cavalier attaque en même temps la dame en c6 et la tour en c8. Tal a une issue paisible sous la main — 15…Dc7 16.Cb5 ramène le cavalier et la partie s’oriente vers la répétition. Il la refuse.

Il joue 15…Cxe3, ignore l’attaque sur sa dame, et laisse les Blancs la prendre par 16.Cxc6. La suite est forcée : 16…Fc5+ 17.Rh2 Cxf1+ 18.Txf1 Fxc6.

Et là, le décompte surprend. Le matériel est exactement égal — vingt-quatre points de chaque côté. Mais la répartition ne l’est pas du tout :

Tal (Noirs)deux tours, deux fous, un cavalier — cinq pièces — et cinq pions
Kristinsson (Blancs)la dame, une tour, un fou — trois pièces — et sept pions

Ce n’est donc pas un sacrifice au sens romantique : c’est un échange, calculé jusqu’au bout de la séquence forcée. Tal ne joue pas une attaque incertaine contre du matériel, il choisit une structure — cinq pièces coordonnées contre une dame qui devra tout faire seule. Les deux pions de retard sont le prix, et il est modique face à la paire de fous et à un roi noir que plus aucune dame ne viendra déranger au centre.

Le reste est une démonstration. Le fou vient en a8 au 24e coup et ne bougera plus : c’est lui qui donne le mat vingt coups plus tard, en échec à la découverte, quand la tour libère enfin la grande diagonale.

La partie complète

Le tournoi

Tableau croisé du tournoi de Reykjavik 1964
Reykjavik 1964, tableau croisé complet. Tal premier avec 12½ sur 13 ; Kristinsson treizième avec 3½. Source : « Шахматы » (Riga), 1964, n° 6, p. 7.

C’est la première édition de ce qui deviendra le Reykjavik Open — à l’époque un tournoi toutes rondes, pas encore le grand open suisse d’aujourd’hui. Tal et Gligorić y arrivent directement de Hastings 1963-1964, que Tal venait de remporter devant le même Gligorić. Tal le dit d’ailleurs lui-même dans son compte rendu : il considérait la première ronde de Reykjavik comme sa dixième ronde.

Quatorze joueurs, dont neuf Islandais. Tal l’emporte avec 12½ points sur 13, une seule nulle concédée, à Pálmason —, devant Gligorić (11½) et les Islandais Ólafsson et Jóhannsson (9). Nona Gaprindachvili, championne du monde, invitée en même temps que lui, termine huitième-neuvième avec 5 points. Kristinsson est treizième avec 3½.

Sur Jón Kristinsson lui-même, les sources consultées ici ne disent rien de plus que son résultat. D’autres le donnent âgé de 21 ans en 1964, futur champion d’Islande en 1971 et 1974, et six fois olympien — informations que je n’ai pas pu recouper dans la presse soviétique de l’époque.

La valise qui a failli emporter cette partie

Deux revues soviétiques ont rendu compte de Reykjavik 1964, et elles se complètent d’une façon qui vaut d’être racontée.

La première est « Шахматы », la revue lettone publiée à Riga — dont Tal était le rédacteur en chef. Dans son n° 6 de 1964, il signe lui-même un article intitulé « Trois semaines en Islande ». Il y raconte le tournoi, note que les échecs islandais ne se sont développés que depuis une dizaine d’années, portés par les succès d’Ólafsson, et publie le tableau croisé ci-dessus.

Mais il prévient ses lecteurs d’une chose : sur le trajet du retour — Reykjavik, Amsterdam, Varsovie, Moscou, Rigasa serviette a été séparée du reste des bagages à l’une des escales et est partie dans une direction inconnue. Elle contenait tous les bulletins du tournoi. Il ne peut donc présenter des parties que de mémoire, et s’en tient à deux : sa victoire sur Gligorić et sa partie contre Ólafsson, celles qui ont décidé du classement. Sa victoire sur Kristinsson, treizième du tournoi, n’entre pas dans ce tri.

C’est la seconde revue qui la sauve. Le « Шахматный бюллетень », organe technique de la fédération soviétique, publiait les parties en série et disposait de ses propres sources. Son n° 5 de 1964, page 151, consacre une double page à Reykjavik et y donne huit parties de Tal. La nôtre y figure sous le n° 108, défense sicilienne, Kristinsson — Tal, jusqu’au dernier coup et à l’abandon des Blancs.

Sources : « Шахматы » (Riga), 1964, n° 6, p. 6-9 — « Шахматный бюллетень », 1964, n° 5, p. 151, partie n° 108. Les deux numéros sont consultables dans les archives de publ.lib.ru.

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