Gegen diesen Idioten muss ich verlieren ! — Aaron Nimzowitsch

« Gegen diesen Idioten muss ich verlieren ! », Aaron Nimzowitsch : la citation et le T-shirt qui la porte

Gegen diesen Idioten muss ich verlieren!

Faut-il que je perde contre cet idiot !

attribuée à Aaron Nimzowitsch, Berlin, fin des années 1920

La scène est connue de tous les joueurs d’échecs : un tournoi de parties rapides à Berlin, la dernière ronde, Aaron Nimzowitsch perd contre Friedrich Sämisch et laisse filer la première place. Il monte sur une table et hurle sa phrase à la salle entière.

Reste à savoir si c’est arrivé. La phrase apparaît en 1950 seulement, sous la plume de Hans Kmoch et Fred Reinfeld dans la Chess Review de février, soit un quart de siècle après les faits supposés ; Kmoch dit la tenir de l’idiot lui-même, Sämisch. Mais l’historien Edward Winter a cherché ce tournoi et ne l’a jamais identifié. Le site allemand de référence sur Nimzowitsch avance le café König, le 9 août 1928, sans en être sûr — il a d’ailleurs fait de la phrase son titre, point d’interrogation compris. Bref : une légende, et je préfère vous le dire avant de vous vendre le T-shirt. J’en raconte l’affaire plus longuement dans l’épisode où Nimzowitsch prétend fonder une science.

Le sel de l’affaire est ailleurs. Ce Sämisch est exactement l’homme que Nimzowitsch avait écrasé cinq ans plus tôt à Copenhague, dans la partie qu’on appelle depuis la partie immortelle du zugzwang : au 25e coup, les Blancs n’ont plus un seul coup qui ne perde, et ils abandonnent sans qu’une seule pièce ait été prise dans l’assaut final. L’idiot en question était donc le partenaire de son plus beau chef-d’œuvre.

C’est toute la vérité du joueur d’échecs en une phrase : le coupable, ce n’est jamais mon erreur, c’est le niveau de l’adversaire. Nimzowitsch, qui a passé sa vie à théoriser la prophylaxie — l’art d’empêcher l’autre de faire ce qu’il veut —, n’avait rien prévu contre ça.

T-shirt beige : « Gegen diesen Idioten muss ich verlieren ! », signé Aaron Nimzowitsch, Berlin 1928

La phrase est sur ce T-shirt, en allemand, comme elle a été criée. À porter en tournoi, de préférence par celui qui vient de gagner — et si l’on vous objecte que Nimzowitsch ne l’a peut-être jamais dite, vous aurez Edward Winter dans la manche : c’est encore le meilleur moyen d’entamer une conversation culturelle.

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