Barcza–Tal, Tallinn 1971 : le piège du « presque »

Barcza Tal Tallinn 1971

Les noirs, pilotés par Tal peuvent gagner très rapidement, voyez-vous comment ?

À Tallinn, Tal affronte le doyen du tournoi

Le 25 février 1971, lors de la quatrième ronde du tournoi international de Tallinn, Mikhaïl Tal rencontre avec les Noirs le grand maître hongrois Gedeon Barcza. Seize joueurs participent à cette compétition disputée du 21 février au 14 mars. Le plateau réunit notamment Paul Keres, David Bronstein, Leonid Stein, Aleksandr Zaïtsev et plusieurs maîtres étrangers. Au terme des quinze rondes, Keres et Tal partageront la première place avec 11,5 points, tandis que Barcza terminera septième ex æquo avec 8 points.

Gedeon Barcza

Âgé de 59 ans, Barcza est le doyen du tournoi, mais certainement pas un invité symbolique. Né en 1911, grand maître international depuis 1954, il a remporté huit fois le championnat de Hongrie et représenté son pays lors de sept Olympiades. Son nom reste attaché au système Barcza, un développement souple fondé sur Cf3, g3 et Fg2, dont les transpositions permettent longtemps de différer les intentions des Blancs.

Son parcours possède une autre particularité : après des études de mathématiques, Gedeon Barcza enseigna les mathématiques et la physique dans le secondaire avant de devenir également journaliste échiquéen. La revue soviétique 64 — Шахматное обозрение, qui lui consacrera quelques mois plus tard un article pour ses 60 ans, le présente comme un homme chaleureux, un excellent joueur, un mélomane passionné et un interlocuteur apprécié lors de ses nombreux séjours en URSS.

Tal et Barcza se connaissent d’ailleurs bien. Avant Tallinn, ils avaient déjà joué cette même structure d’ouverture à Zurich en 1959 puis à La Havane en 1963. La partie de 1971 ne constitue donc pas une rencontre entre deux inconnus, mais un nouvel épisode d’un dialogue échiquéen commencé douze ans auparavant. Tal en publiera lui-même la notation et les commentaires dans le numéro 10 de 64, sous le titre « Le tournoi à mi-parcours ». Il y raconte comment un souvenir presque exact conduisit cette fois le vétéran hongrois à une erreur fatale.

SOLUTION :

21. … Td8!

3sR4s2P3sPKP6sP13spsp6sB2spQpqspsp2srsksrs

Il suivit 22. De3 Qxc2 (comprendre la notation algébrique)

3sR4s2P3sPKP6sP13spsp5sqB2spsQ2spsp2srsksrs

23. Rf1 Td1+ 0-1

8s2P3sPKP6sP13spsp5sqB2spsQ2spsp2srRskrs

La Partie :

Ce que Barcza a expliqué après la partie

L’article de Tal donne la clé de la bévue, et elle est presque trop belle. Interrogé après la partie, Barcza explique qu’il avait rencontré presque exactement cette position quelques semaines plus tôt, dans une partie contre son compatriote László Szabó. Il jouait donc de mémoire.

Tal note le mot au passage — « oh, ce presque ! » — car toute la partie tient dans la différence. Chez Szabó, le roi blanc avait déjà roqué en g1. Ici, il est encore en e1. Le même coup, dans une position qui ne diffère que par là, cesse d’être jouable : après 9.Ce2??, le clouage 9…Fh3! devient imparable et les pertes matérielles inévitables.

Le moindre mal, précise Tal, était 10.O-O en abandonnant la qualité. Barcza tente 10.Cfxd4 et se retrouve une pièce entière de moins dès le douzième coup — « ici on pouvait déjà baisser le rideau », écrit Tal. La suite n’est plus qu’une formalité de treize coups.

La revanche, quelques jours plus tard

L’histoire ne s’arrête pas là, et c’est encore Tal qui la raconte. Il présente les deux parties courtes de Barcza à Tallinn comme un diptyque : « cela commença, il est vrai, par un désagrément » — sa propre défaite en vingt-trois coups — puis, écrit-il, « quelques jours plus tard, le vétéran prit sa revanche, plus vite encore ».

Cette seconde victime est Aleksandr Zaïtsev, battu dans un début Réti. À cinquante-neuf ans, le doyen du tournoi aura donc signé les deux miniatures de l’épreuve — une dans chaque sens.

La source

Les commentaires insérés dans la partie ci-dessus sont ceux de Mikhaïl Tal, traduits du russe. Il couvrait le tournoi comme envoyé spécial de l’hebdomadaire « 64 — Шахматное обозрение », et a publié cette partie dans son numéro 10 de 1971, pages 6 et 7, sous le titre « Турнирный полдень » — le tournoi à mi-parcours.

Dans le même article, il annonce que la lutte pour la première place se jouera entre cinq grands maîtres soviétiques — Bronstein, Aleksandr Zaïtsev, Keres, Stein et lui-même — et relève que Barcza, doyen de l’épreuve, se maintient alors au-dessus des cinquante pour cent.

Détail de fidélité : la revue étiquette la partie « partie viennoise », d’après la structure obtenue plutôt que d’après l’ordre des coups — il s’agit bien du système Barcza, 1.Cf3 et fianchetto.

Source : « 64 — Шахматное обозрение », 1971, n° 10, p. 6-7.

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