Capablanca raconte : le mat du fou et du cavalier

Capablanca raconte — mater avec le fou et le cavalier : fou en c1, roi en e1, cavalier en g1 contre le roi noir en e8
Le fou est de cases noires : le mat ne pourra tomber qu’en a1 ou en h8.

Onzième épisode de Capablanca raconte, et fin du chapitre II. Après le duel du fou et du cavalier, deux finales pour clore : le mat du fou et du cavalier — celui que Capablanca chiffrait à « moins de trente coups » dès notre premier épisode — et la dame contre la tour, qu’il tient pour l’une des plus difficiles qui soient sans pions.

Le mat du fou et du cavalier

4smk3s8s8s8s8s8s8s2sbsksns

Une règle d’abord, et elle commande tout : avec un fou et un cavalier, le mat ne peut être donné que dans un coin de la couleur du fou. Ici le fou est en c1, case noire — les Blancs devront donc mater en a1 ou en h8, et nulle part ailleurs.

La finale se découpe en deux temps, comme celle de l’épisode 7. Premier temps : pousser le roi noir jusqu’au bord. On commence, comme presque toujours, par amener son propre roi au centre : 1.Re2 Rd7 2.Rd3 Rc6 3.Ff4 Rd5 4.Ce2 Rc5 5.Cc3 Rb4 6.Rd4 Ra5 7.Rc5 Ra6 8.Rc6 Ra7 9.Cd5 Ra8.

Notez que les Noirs se dirigent délibérément vers le mauvais coin — celui de la couleur opposée au fou, où le mat est impossible. C’est leur meilleure défense, et elle rend l’exercice pénible.

mk7s8s2sk5s3sn4s5sb2s8s8s8s

Second temps : les déloger de ce coin pour les conduire jusqu’en a1. C’est la partie laborieuse — vingt coups d’une manœuvre où le fou et le cavalier se relaient pour interdire au roi noir toute échappée, pendant que le roi blanc le suit pas à pas. Elle s’achève par 29.Fc3 mat.

Cinquante-sept demi-coups, et le mat au bout. Capablanca en dégage deux traits saillants : le roi qui suit de très près, et le contrôle des cases de la couleur opposée au fou par l’action combinée du cavalier et du roi — puisque le fou, lui, ne les touchera jamais.

Il ajoute une remarque très concrète : cette finale exige de la prévoyance, parce qu’il faut la mener à bien dans les cinquante coups que la règle accorde. Vingt-neuf coups depuis une position déjà favorable, la marge n’est pas si large.

Dame contre tour : offrir le trait

sKsssssssRssssssssksssssqsssssssssssssssssssssssssssssssssssssss

Voici, dit Capablanca, l’une des finales les plus difficiles sans pions. Les ressources de la défense sont nombreuses, et seul un très bon joueur en viendra à bout dans la limite des cinquante coups.

Cette position est un standard que les Noirs cherchent souvent à atteindre. Aux Blancs de jouer — et c’est justement le problème : si c’étaient les Noirs, ce serait simple, ils devraient éloigner leur tour de leur roi, et cette tour se gagnerait sans peine.

Tout l’objet de la manœuvre est donc de revenir à cette même position avec le trait à l’adversaire. Et ça se fait en trois coups : 1.De5+ Ra8 2.Da1+ Rb8 3.Da5. La position est identique à l’octet près, et c’est aux Noirs de jouer.

Attention au premier coup, car Capablanca signale un piège où le débutant tombera invariablement : sur 1.Da6 ?, les Noirs répondent 1…Tc7+ ! 2.Rb6 Tc6+ ! 3.Rxc6 et c’est pat. La tour se sacrifie deux fois de suite pour arracher la nulle. Vérifié également.

La suite est mécanique : la tour ne peut aller que sur une case blanche, faute de quoi le premier échec de la dame la gagne. Après 3…Tb3 4.De5+ Ra8 5.Dh8+ Ra7 6.Dg7+ Ra8 7.Dg8+ Tb8 8.Da2 mat.

ssssssssKsssssssssksssssssssqssssssssssssssssssssssssssssRssssss

Il donne une seconde position du même type sans en détailler les coups, en signalant seulement ce qu’il faut surveiller : empêcher la tour de s’interposer en b8, sous peine de mat immédiat, et interdire au roi noir les cases a6 et c8.

La position qui trompe tout le monde

8s5smrmks8s5sqsk8s8s8s8s

Beaucoup de joueurs, prévient-il, se laisseraient abuser ici : le coup le plus naturel n’est pas le bon.

Le coup naturel serait 1.De5+, et il échoue : après 1…Rf8 2.Rg6 Td7 ! — la seule défense, mais redoutablement efficace — les Blancs ne peuvent ni 3.De6 (à cause de 3…Tg7+ 4.Rf6 Tg6+ qui annule) ni 3.Dc5+ (à cause de 3…Re8 4.Rf6 Td6+ ! qui repousse le roi blanc).

Le bon coup est 1.Dg5+ ! Sur 1…Rh7, vient 2.Dg6+ Rh8 3.Rh6 ! Et sur 1…Rh8 2.De5+ ! Rh7 3.Rg5 Ta7 ! 4.De4+ Rg8 5.Dc4+ Rh7 6.Rf6 Tg7 7.Dh4+ Rg8 8.Dh5 — et l’on retrouve exactement le motif de la première position, avec le trait aux Noirs. La boucle est bouclée.

Deux observations closent le chapitre, et elles valent pour toutes ces finales : les échecs à longue portée sur les diagonales sont la clé de presque toutes les manœuvres gagnantes, et la dame et le roi se tiennent le plus souvent sur des lignes différentes.

Ce qu’on dit aujourd’hui

Ces deux finales sont aujourd’hui entièrement résolues : pour chacune de leurs positions, une base de finales donne le nombre exact de coups jusqu’au mat, avec la marche à suivre. Le mat du fou et du cavalier reste pourtant l’épreuve classique de la règle des cinquante coups — c’est le cas d’école où un joueur qui connaît la méthode peut encore manquer le mat faute de l’exécuter assez vite.

Et le piège au pat que Capablanca signale dans la dame contre tour n’a rien perdu de son mordant. La tour qui se sacrifie deux fois pour forcer le pat est exactement le genre de ressource qu’un défenseur cherche quand tout est perdu — et le genre de coup qu’un attaquant pressé ne voit pas venir.

La suite

Le chapitre II est refermé. Capablanca invite d’ailleurs le lecteur à tout relire depuis le début avant d’aller plus loin — ce qui en dit long sur ce qui l’attend. Le chapitre III quitte les finales pour le milieu de partie et l’art d’y bâtir un plan.

Et si vous prenez la série en route, le premier épisode pose l’ouvrage, la question des droits et les trois mats élémentaires.

Votre commentaire

Pas de compte à créer. Votre adresse ne sera ni publiée, ni transmise : elle ne sert qu’à vous prévenir si je vous réponds.

Le premier message d’un nouveau visiteur attend ma relecture avant d’apparaître ; les suivants sont publiés aussitôt.