

Je pense, donc je suis.
René Descartes, Discours de la méthode (1637), quatrième partie
La phrase est si connue qu’on oublie ce qu’elle coûte. Descartes vient de tout jeter : les sens, qui trompent ; les raisonnements, où l’on se trompe ; et jusqu’au monde entier, puisque rien ne distingue avec certitude la veille du rêve. Il décide de « feindre que toutes les choses qui m’étoient jamais entrées en l’esprit n’étoient non plus vraies que les illusions de mes songes ». Ne reste rien — sauf une chose : « pendant que je voulois ainsi penser que tout étoit faux, il falloit nécessairement que moi qui le pensois fusse quelque chose ».
Ce n’est donc pas un slogan sur la noblesse de la pensée, c’est le seul rocher qui dépasse après le naufrage. Et remarquez la forme : ce n’est pas un syllogisme mais un constat. Douter, c’est déjà penser ; penser, c’est déjà être. Le doute le plus radical se retourne et devient le premier point d’appui — Descartes en fait « le premier principe de la philosophie » qu’il cherchait. La version latine, cogito, ergo sum, viendra plus tard ; l’original est en français, et il a l’air d’une évidence parce qu’il a fallu tout détruire pour l’atteindre.
C’est aussi une leçon de méthode, celle qui consiste à chercher ce qui résiste quand on a tout mis en doute — le genre de question que l’on retrouve dans l’option Mathématiques et Philosophie du site. Le T-shirt se porte pour ceux qui pensent, donc qui sont, et qui ne détestent pas le faire savoir.