Partager un document mathématique c’est partager sa source

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Partager un document mathématique c’est partager sa source

Partager un devoir, ce n’est pas seulement le rendre disponible

Entre professeurs de Mathématiques, nous échangeons beaucoup de documents : devoirs, exercices, évaluations, fiches de révision… et c’est une excellente chose. Un PDF déposé sur un site ou envoyé à un collègue peut déjà rendre service : on le consulte, on l’imprime, on y pioche une idée ou, parfois, on l’utilise presque tel quel.

Mais dans la réalité d’une classe, le « presque » a son importance. Un exercice convient, mais pas le suivant. La durée est un peu trop ambitieuse. Une notion n’a pas encore été abordée. On voudrait remplacer les nombres, modifier une consigne, agrandir une figure ou proposer une version légèrement différente à certains élèves.

À ce moment-là, le document que l’on pouvait simplement utiliser devient un document que l’on aimerait pouvoir adapter. Et c’est là que la nature du fichier partagé change beaucoup de choses.

Depuis plusieurs années, j’essaie donc, lorsque c’est possible, de ne pas proposer seulement le résultat final destiné à l’impression, mais aussi le document source qui a permis de le produire. Non pas pour imposer une manière de travailler, mais pour laisser au collègue qui récupère le devoir la possibilité d’en faire réellement le sien.

Le PDF : parfait pour diffuser, beaucoup moins pour modifier

modifier un pdf partagé

Le PDF est probablement le format le plus pratique pour partager un document terminé. Il s’ouvre presque partout, conserve la mise en page, s’imprime facilement et évite les mauvaises surprises liées aux polices, aux formules ou aux sauts de page. Pour consulter un devoir ou le distribuer tel quel aux élèves, difficile de faire plus simple.

Mais cette stabilité est aussi sa limite. Dès qu’un collègue souhaite retirer une question, modifier quelques valeurs, déplacer un exercice ou agrandir une figure, il ne travaille plus vraiment avec le document : il travaille autour du document.

Bien sûr, certains logiciels permettent d’annoter ou même de retoucher un PDF. On peut aussi tenter de le convertir vers un format éditable. Mais ces solutions restent souvent moins confortables que de repartir du fichier qui a réellement servi à fabriquer le document. Les formules peuvent être mal récupérées, les figures déplacées, les tableaux déformés et la mise en page demander finalement plus de temps à réparer qu’à adapter.

Je continue donc naturellement à proposer les PDF : ils restent la version immédiatement consultable et imprimable. Mais lorsqu’il s’agit véritablement de partager le travail avec un collègue, j’essaie autant que possible de ne pas m’arrêter au produit fini.

Partager la source, c’est partager le document de travail

Partager la source, c’est partager le document de travail

Mais quelle source ? À mes yeux, la réponse ne dépend pas d’un format à privilégier par principe. Si un document a été conçu dans LibreOffice, sa source est un fichier .odt. S’il a été écrit en LaTeX, ce sera un fichier .tex. Pour certaines ressources, ce pourrait tout aussi bien être un fichier .txt, un script .py ou tout autre fichier ayant réellement servi à produire le résultat proposé.

L’idée est simplement de remonter d’un cran : ne pas partager uniquement ce que le lecteur voit, mais aussi ce qui permet de le modifier, de le reconstruire et de se l’approprier.

C’est aussi pour cette raison que je ne produis plus systématiquement une version ODT de mes documents écrits en LaTeX. L’ODT est un excellent format lorsqu’il constitue la source du document ; il l’est beaucoup moins lorsqu’il faut fabriquer spécialement une conversion qui ne correspond pas au fichier sur lequel je travaille réellement.

Cette distinction me semble importante. Partager la source ne signifie pas convertir son travail dans le format supposé le plus confortable pour tous. Cela signifie fournir, autant que possible, le matériau d’origine. Libre ensuite au collègue de l’adapter avec ses outils, ses habitudes et ses besoins.

Pourquoi LaTeX ?

Si beaucoup des sources que je partage aujourd’hui sont des fichiers .tex, ce n’est pas parce que LaTeX serait le seul bon outil pour produire des documents de Mathématiques. C’est simplement devenu, pour une grande partie de mon travail, l’outil le plus adapté à ce que je veux faire.

Pour un devoir ou une fiche d’exercices, je peux modifier rapidement une consigne. Je peux aussi changer quelques valeurs, retirer un exercice ou réorganiser l’ensemble. Et tout ça, sans avoir à reconstruire toute la mise en page. Les formules restent propres. Les alignements cohérents et les figures intégrées au document peuvent être agrandies ou déplacées sans bricolage particulier.

LaTeX devient encore plus intéressant lorsque le document évolue. Une même base peut servir à produire plusieurs versions, à différencier certains exercices, à adapter une évaluation à une durée différente ou simplement à reprendre, quelques mois plus tard, un document dont j’ai oublié les détails de fabrication. La source conserve alors beaucoup plus que le texte visible : elle garde aussi une partie de la logique de construction du document.

Il y a également un avantage très concret pour celui qui récupère la source. Une modification locale reste souvent… locale. Changer un nombre dans un exercice ne nécessite pas de refaire toute la page. Supprimer un bloc ne demande pas de réaligner manuellement ce qui suit. Agrandir une figure ne signifie pas forcément déplacer à la souris tous les éléments voisins.

Tout cela ne rend pas LaTeX universel ni indispensable. Pour certains documents, un traitement de texte reste plus rapide et plus naturel. Mais lorsque la source d’origine est en LaTeX, la partager donne au collègue accès au document dans sa forme la plus souple et la plus fidèle.

LaTeX sans installer LaTeX

Partager une source LaTeX pose néanmoins une objection légitime : tout le monde n’a pas une distribution LaTeX installée sur son ordinateur. Et tout le monde n’a pas envie d’en installer une simplement pour modifier un document récupéré chez un collègue.

De mon côté, je travaille principalement en local, avec TeXstudio et ma propre installation LaTeX. C’est l’environnement qui me convient le mieux pour créer et faire évoluer mes documents. Mais il m’est arrivé plus d’une fois, au collège, de repérer une coquille ou de vouloir effectuer une petite modification sans disposer de mon environnement habituel. Dans ce cas, un service en ligne comme Overleaf devient particulièrement pratique : un navigateur suffit pour retrouver la source, la modifier et recompiler le PDF.

Cette possibilité est également intéressante pour le collègue qui récupère un de mes documents. Lorsqu’un seul fichier suffit, je privilégie un .tex autonome : on le télécharge, on l’importe et on peut commencer à travailler dessus. Je ne propose une archive .zip que lorsque des images ou d’autres fichiers annexes sont réellement nécessaires.

Même pour les non-spécialistes

Il n’est pas nécessaire non plus de devenir spécialiste de LaTeX pour adapter ponctuellement un document. Repérer une consigne dans la source, changer quelques nombres ou supprimer un exercice reste généralement très accessible. Et si l’on casse quelque chose, le bouton de compilation a au moins une qualité pédagogique appréciable : il le fait savoir.

L’intelligence artificielle réduit encore un peu cette barrière d’entrée. Overleaf propose désormais ses propres outils d’assistance, tandis que Prism a été pensé autour d’un environnement LaTeX accompagné par l’IA. Ces outils peuvent aider à comprendre une erreur, à retrouver la partie de la source à modifier ou à produire quelques lignes de code que l’on ne saurait pas écrire immédiatement.

Ils ne dispensent évidemment ni de relire le résultat ni de comprendre ce que l’on distribue aux élèves. Mais entre le travail local classique, les éditeurs en ligne et l’assistance de l’IA, recevoir un fichier .tex ne signifie plus nécessairement devoir commencer par installer et apprendre tout un environnement LaTeX.

Un document n’est jamais tout à fait prêt à l’emploi

C’est probablement la raison la plus simple pour laquelle je tiens à partager les sources. Entre deux classes, deux progressions ou deux enseignants, un même document ne reste jamais exactement le même.

Un devoir prévu pour cinquante-cinq minutes devra peut-être tenir en quarante-cinq. Un exercice peut arriver trop tôt dans une progression, un autre devenir inutile parce qu’il a déjà été travaillé en classe. On peut vouloir remplacer quelques valeurs, reformuler une consigne, agrandir une figure, alléger une question ou au contraire ajouter une étape intermédiaire.

Il y a aussi la différenciation. Sans refaire entièrement le document, on peut préparer une version avec une consigne plus guidée, supprimer une question secondaire, proposer une figure plus lisible ou modifier légèrement les données. La source permet alors de partir d’un travail existant sans être prisonnier de sa forme initiale.

C’est d’ailleurs souvent ainsi que circulent réellement les bonnes ressources entre collègues : rarement par simple reproduction à l’identique, beaucoup plus souvent par petites transformations successives. Chacun enlève, ajoute, déplace, simplifie ou enrichit en fonction de ses élèves et de sa manière d’enseigner.

Partager la source, ce n’est donc pas seulement permettre de corriger une coquille. C’est accepter que le document puisse continuer sa vie ailleurs, sous une forme que son auteur n’avait pas forcément prévue.

Des ressources à consulter… et surtout à reprendre

Cette manière de voir le partage ne concerne évidemment pas seulement les devoirs. Sur site2wouf.fr, je propose des ressources de natures très différentes : des exercices, des problèmes et défis, des devoirs de Mathématiques, des fiches de révision ou encore des annales du DNB. Selon leur nature et leur histoire, elles n’ont pas toutes été produites avec les mêmes outils ni selon le même workflow.

Le PDF reste précieux pour voir rapidement le résultat, imprimer une ressource ou simplement y chercher une idée. Mais dès qu’un document est susceptible d’être repris par un collègue, la source apporte autre chose : elle permet d’en conserver une partie, d’en supprimer une autre, de modifier les données, de reformuler une consigne ou de reconstruire complètement le document autour de quelques idées.

Les formats proposés peuvent donc varier. Une ressource ancienne peut avoir été créée dans un traitement de texte ; une autre en LaTeX ; certaines activités peuvent être produites à partir d’un script. Je préfère cette diversité à une conversion artificielle vers un format unique : ce qui compte est de pouvoir remonter, lorsque c’est possible, jusqu’au véritable matériau de travail.

Je ne prétends pas encore proposer la source de tout ce qui se trouve sur le site. Mais c’est de plus en plus la direction que je souhaite donner au partage . Le PDF pour utiliser ou découvrir une ressource, et la source originale pour permettre à quelqu’un d’autre de la faire évoluer.

Partager, c’est laisser la possibilité de continuer

Un document mathématique n’est jamais seulement un produit fini. Derrière le PDF que l’on consulte ou que l’on imprime, il y a des choix, une structure, parfois du code, et surtout un fichier de travail qui permet encore de modifier, d’adapter et de reconstruire.

C’est ce fichier-là que j’essaie désormais de partager chaque fois que cela a du sens. Parfois ce sera un .odt, parfois un .tex, parfois un script ou un simple fichier texte. Le format importe finalement moins que le principe : donner accès non seulement au résultat, mais aussi à ce qui permet de le faire évoluer.

Car partager un document, ce n’est pas demander aux autres de l’utiliser tel quel. C’est leur donner la possibilité de le corriger, de le détourner, de l’alléger, de l’enrichir ou de l’adapter à leurs propres élèves.

En somme, partager un document mathématique, c’est bien partager sa source.

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