
Trente-deux épisodes durant, Chess Fundamentals aura appris à gagner : mater avec une tour, escorter un pion, reconnaître le moment où l’initiative se cède. Capablanca ne dit jamais une chose, et il n’avait aucune raison de la dire — l’âge des règles qu’il enseigne.
Le premier diagramme du premier épisode
Roi et dame contre roi seul. Capablanca annonce « moins de dix coups » ; les bases de finales disent exactement dix. C’est la première leçon du livre, celle qu’on donne à un débutant le jour où il apprend à mater — elle ouvrait le premier épisode de la série.
Cette dame-là a cinq cents ans. Avant le dernier quart du XVe siècle, la pièce qui occupait cette case s’appelait le firzan — le conseiller — et elle avançait d’une seule case en diagonale. Même échiquier, même case de départ, une portée de roi.
Ce que devient la leçon
Roi et firzan contre roi seul, aux règles que Murray relève : 223 944 positions légales, toutes passées en revue.
aucun mat. Pas un seul.
L’explication tient en une ligne : le firzan ne surveille que quatre cases, toutes de la couleur de celle qu’il occupe. Il ne peut pas à la fois fermer les fuites d’un roi et le mettre en échec. La pièce que le manuel de Capablanca donne au débutant pour finir la partie ne pouvait pas finir la partie.
Le pat, qui fait perdre
Le shatranj a pourtant une ressource que nous n’avons plus : le joueur qui n’a aucun coup légal perd, qu’il soit en échec ou non. Chez nous le pat annule ; là-bas il fait perdre.
Les Noirs sont au trait. Le roi blanc tient g7 et g8, le firzan tient h7. Aucun échec, aucun coup possible : au shatranj, les Noirs viennent de perdre.
Le firzan gagnerait-il donc par ce chemin détourné ? Sur les 436 944 positions que compte cette finale, le camp au firzan ne force le gain que dans 1 540 d’entre elles, celles où le roi adverse est déjà acculé dans un coin. Les 435 404 autres sont nulles. Depuis la position de Capablanca, roi et firzan contre un roi au centre : nulle.
Alors on gagnait comment ?
Autrement. Le shatranj ne fait pas du mat la seule victoire : dépouiller le roi adverse de ses derniers hommes gagne aussi. Quand la pièce la plus forte du jeu ne peut pas conclure, ce n’est pas la technique qu’on affine — c’est la définition de la victoire qu’on déplace.
Et le pion que Capablanca escorte jusqu’à dame dans le deuxième épisode ? Il promeut en firzan, et en rien d’autre. La marche est la même, ce qui l’attend à l’arrivée n’a plus rien à voir.
Ce qu’on dit aujourd’hui
Les dix coups de la dame moderne ne sont plus une estimation : les bases de finales les donnent au coup près. Ce qui est neuf, c’est qu’on peut faire la même chose avec un jeu mort depuis six siècles — il suffit d’écrire les règles de Murray dans un programme et de laisser tourner. Les 223 944 positions sans mat et les 1 540 gains forcés de cet article sortent de là, et n’importe qui peut les recompter.
La suite
Quand la dame a-t-elle appris à traverser l’échiquier, pourquoi le pat a-t-il changé de camp, et qui a écrit tout cela ? Un homme, une fois, en neuf cents pages : Harold James Ruthven Murray, A History of Chess, Oxford, 1913 — dans le domaine public français depuis janvier 2026. C’est la série qui court déjà : Murray raconte a commencé par l’origine du jeu, prouvée par les mots, et remonte le fil un épisode à la fois.

