Capablanca raconte : quatre idées pour les finales de pions

Capablanca raconte — la percée : trois pions blancs en a5 b5 c5 face à trois pions noirs en a7 b7 c7
La percée : le pion du milieu se sacrifie, et la brèche s’ouvre.

Septième épisode de Capablanca raconte, et ouverture du chapitre II. Le chapitre I refermé, le champion du monde revient aux finales — celles qu’il avait effleurées au début — mais cette fois pour de bon. Quatre positions, et quatre idées qu’on peut appliquer dès la partie suivante.

Une unité qui en tient deux

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Les Blancs annulent en jouant b4 : le pion sans vis-à-vis, la règle vue à l’épisode 3. Mais supposons qu’ils l’ignorent et jouent 1.a4 ?

Alors les Noirs gagnent par un coup magnifique de simplicité : 1…a5 ! Ce pion unique immobilise à lui seul les deux pions blancs de l’aile dame. Capablanca en fait un principe de haute stratégie, qu’il formule ainsi : une unité qui en tient deux. Il insiste — c’est l’une des armes principales du maître, et elle se décline de mille façons.

La suite montre la mécanique : 2.Rg2 Rf4 3.b4 axb4 4.a5 b3 5.a6 b2 6.a7 b1=D 7.a8=D De4+ 8.Dxe4+ Rxe4. Les deux camps font dame, les dames s’échangent immédiatement — et la position qui reste est gagnée pour les Noirs.

La finale classique, en trois temps

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Voici justement cette position. Elle mérite qu’on s’y arrête, car elle est l’un des grands classiques des finales de pions — et parce que Capablanca en fait une leçon de méthode. Sa meilleure défense, côté blanc, consiste à ne pas bouger le pion h2 : dès qu’il avance, la tâche des Noirs devient plus facile.

Le plan noir se découpe en trois temps, et c’est cette découpe qui vaut le détour.

Premier temps : amener le roi en h3, sans toucher aux pions. C’est capital — il faudra plus tard pouvoir avancer le pion arrière d’une ou de deux cases selon la position du roi blanc, et le moindre coup de pion prématuré gâcherait ce choix. 1.Rg3 Re3 2.Rg2 Rf4 3.Rf2 Rg4 4.Rg2 Rh4 5.Rg1 Rh3.

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Deuxième temps, et il est court : faire monter le pion h. 6.Rh1 h5 7.Rg1 h4.

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Troisième temps : régler l’avance du pion g de façon à jouer g3 précisément quand le roi blanc est au coin. C’est ici que le choix d’une ou deux cases prend tout son sens. 8.Rh1 g5 9.Rg1 g4 10.Rh1 g3 11.hxg3 hxg3 12.Rg1 g2 13.Rf2 Rh2, et les Noirs gagnent.

« C’est de cette manière analytique que l’élève devrait apprendre », écrit-il — en découpant, en nommant l’objectif de chaque étape. L’exercice vaut moins pour la position que pour l’habitude qu’il donne.

Se fabriquer un pion passé

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Trois pions contre trois, face à face. Il y a presque toujours, dit Capablanca, une chance pour l’un des deux camps d’obtenir un pion passé — et ici la méthode est de pousser le pion du milieu.

1.b6 ! Quelle que soit la prise, la brèche s’ouvre. Sur 1…axb6 vient 2.c6 bxc6 3.a6, et le pion blanc est plus près de la promotion que n’importe quel pion noir. Sur 1…cxb6, c’est 2.a6 qui fait le même office.

Mais — et c’est la moitié la plus intéressante — si c’est aux Noirs de jouer, la partie est nulle. Ils jouent b6 à leur tour, les pions s’échangent, et il ne reste rien. Chercher le pion passé serait même une faute : les pions blancs seraient alors plus près de la promotion que le pion noir isolé.

Compter avant de prendre

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Dernière position, et celle qui donne une habitude plutôt qu’une idée. Deux pions vont courir vers la promotion : lequel arrive le premier ? Cela se compte.

Première question : le roi adverse peut-il rattraper le pion passé ? Ici, non. Deuxième question : les deux pions arrivent-ils en même temps ? Ici, oui — mais celui qui atteint la huitième rangée en premier pourra capturer la dame adverse au coup suivant.

1.a4 h5 2.a5 h4 3.b6, et les Noirs prennent, 3…axb6. Vient alors le petit calcul qui décide de tout : les Blancs pourraient reprendre ce pion — mais s’ils le font, leur future dame ne contrôlera pas la case où les Noirs vont promouvoir. Ils s’abstiennent donc : 4.a6 h3 5.a7 h2 6.a8=D, et c’est gagné.

Capablanca conseille de se frotter à quantité de finales de ce genre, uniquement pour prendre l’habitude de compter. Et il redit, comme au chapitre précédent, qu’un livre ne peut pas apprendre à jouer : il guide, le reste vient de l’expérience.

Ce qu’on dit aujourd’hui

Les quatre idées ont toutes gardé leur nom d’usage. « Une unité qui en tient deux » se dit plutôt « un pion qui en retient deux », et reste un thème d’entraînement à part entière. Le coup de force à trois pions s’appelle simplement la percée, et figure dans tous les manuels sous cette forme exacte — trois pions contre trois, le pion du milieu qui se sacrifie.

Quant à la première question de la dernière position — le roi peut-il rattraper le pion ? — elle porte aujourd’hui un nom et une méthode : la règle du carré, qui donne la réponse d’un coup d’œil sans compter les coups un à un. Capablanca la décrit sans la nommer, comme il l’avait fait pour l’opposition.

Ces positions sont bien sûr entièrement résolues par les bases de finales. Ce qui ne l’est pas, et qui reste la vraie leçon du chapitre, c’est la découpe en trois temps : savoir dire à voix haute ce qu’on cherche à obtenir avant de calculer comment l’obtenir.

La suite

Le prochain épisode sera consacré à un seul sujet, et pas le moindre : l’opposition. Capablanca l’a évoquée trois fois depuis le début du livre en promettant d’y revenir. Cinq positions, et enfin la définition.

Et si vous prenez la série en route, le premier épisode pose l’ouvrage, la question des droits et les trois mats élémentaires.

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