Capablanca raconte : quatre combinaisons de mat

Capablanca raconte — les Noirs jouent et se trompent de menace : Dxh7 suivi de Th3 et mat en h8
Les Noirs jouent — et se trompent sur la menace blanche.

Quatrième épisode de Capablanca raconte. Après les mats élémentaires, la promotion du pion et les finales de pions, le champion du monde s’interrompt : avant d’aborder les ouvertures, il veut montrer au lecteur quelques combinaisons — pour lui donner, écrit-il, une idée de la beauté du jeu.

Il en donne six, par paires : un motif sous sa forme épurée, puis le même enfoui dans une position touffue. Voici les deux premières paires ; la troisième fera l’épisode suivant.

Premier motif : le pion g qui a bougé

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Les Noirs jouent. Ils croient que la menace blanche est Dh6 suivi du mat en g7, alors ils jouent 1…Te8, qui menace eux-mêmes un mat en e1. Ils se trompent de menace.

La vraie idée était ailleurs, et elle est brutale : 2.Dxh7+ ! Le roi doit prendre, 2…Rxh7, et la colonne h s’ouvre pour la tour : 3.Th3+ Rg8 4.Th8 mat.

Deux détails font tout le mat, et il faut les voir : la tour en h8 est défendue par le fou b2, qui tient la grande diagonale ; et le roi n’a pas de fuite en f7, parce que son propre pion l’occupe. Le pion g6, avancé d’une case pour se sentir en sécurité, a ouvert la porte de derrière.

Le même, en plus touffu

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Ici les Blancs ont une pièce de moins — un fou contre deux — et doivent la récupérer vite sous peine de perdre. Ils jouent 1.Cxc6, et voilà le point : les Noirs ne peuvent pas reprendre. Sur 1…Fxc6 revient le mat de l’exemple précédent, à un temps près — celui que coûte l’interposition du fou : 2.Dxh7+ Rxh7 3.Th3+ Fh4 4.Txh4+ Rg8 5.Th8 mat. En h4, le fou s’interpose trop loin du roi : la tour le prend en donnant échec, et le mat suit.

Les Noirs jouent donc 1…Fg5, et c’est le seul coup qui tue la combinaison. Le fou attaque la tour e3, mais surtout il ajoute h6 aux cases d’interposition : sur 2.Dxh7+ Rxh7 3.Th3+, le fou vient en h6, à côté de son roi, et quand la tour le prend le roi reprend — 4.Txh6+ Rxh6, plus de mat, plus d’attaque. Les Blancs prennent donc l’autre chemin : 2.Ce7+ Dxe7 3.Txe7 Fxe7 4.Dd7 ! — la dame attaque les deux fous à la fois. Elle en gagnera un, et les Blancs resteront Dame et Fou contre Tour et Fou, ce qui doit gagner sans peine.

La morale que Capablanca tire de ces deux positions tient en une ligne : avancer d’une case le pion g après avoir roqué de ce côté est dangereux.

Second motif : le cavalier atterrit en f6

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Les Noirs ont la Tour contre le Cavalier — ils devraient gagner, sauf si les Blancs trouvent une compensation immédiate. Ils la trouvent, et elle est définitive : 1.Cf6+ !

La prise est forcée : si le roi bouge au lieu de prendre, Dxh7 est mat, parce que le départ du cavalier a ouvert la diagonale de la dame. Donc 1…gxf6 — et le roi noir se retrouve sans son pion g, sur une colonne ouverte. 2.Dg3+ Rh8 3.Fxf6 mat, le fou arrivant par la grande diagonale que le pion g7 protégeait encore une seconde plus tôt.

Le même, en plus touffu

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Le motif est identique, mais il faut d’abord dégager le terrain. 1.Fxd7, et les Noirs ont deux façons de répondre.

S’ils prennent le cavalier, 1…Fxe4, alors 2.Dc3 ! porte deux menaces d’un coup : la dame noire est attaquée par le fou d7, et Dxg7 serait mat — le fou b2 défendant la case dès que la dame quitte c3. Impossible de parer les deux.

Ils reprennent donc, 1…Dxd7, et le motif se déroule tel quel : 2.Cf6+ gxf6 3.Tg3+ Rh8 4.Fxf6 mat.

Ce qu’on dit aujourd’hui

Capablanca conclut ces exemples par une phrase qui ressemble à s’y méprendre à la pédagogie moderne : la combinaison longue, un débutant ne la calculera pas — mais s’il en connaît le type, il pourra un jour mener une attaque brillante à laquelle il n’aurait jamais pensé autrement.

C’est exactement le principe sur lequel repose l’entraînement d’aujourd’hui, avec ses milliers d’exercices tactiques classés par motif : on n’apprend pas à calculer plus loin, on apprend à reconnaître. Cent ans avant les bases de données de tactiques, il avait posé le raisonnement — et il ajoute le fil commun de toutes ces combinaisons : des pièces coordonnées, toutes braquées sur un même point faible.

La suite

Le prochain épisode prend la troisième paire : le sacrifice du fou en h7, celui que l’on appelle aujourd’hui le « cadeau grec » — sous sa forme simple, puis dans une combinaison si longue que Capablanca prévient lui-même qu’un débutant n’en verra pas le bout. Et, dans la foulée, la question que ces sacrifices posent : au juste, ça vaut combien, une pièce ?

Et si vous prenez la série en route, le premier épisode pose l’ouvrage, la question des droits et les trois mats élémentaires.

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